Avitaillement des morutiers français

L'avitaillement des navires morutiers français se compose de trois types de fourniture satisfaisant à leur condition de navire de pêche en campagne pendant plusieurs mois, avant leur évolution vers la pêche industrielle au cours du XX e siècle ...



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L'avitaillement des navires morutiers français se compose de trois types de fourniture satisfaisant à leur condition de navire de pêche en campagne pendant plusieurs mois, avant leur évolution vers la pêche industrielle au cours du XXe siècle :

Ces avitaillements différaient énormément d'une région à l'autre, ou alors d'un port à l'autre, ainsi qu'en fonction des époques ; les conditions de pêche introduisaient aussi des différences dans l'armement (pêche de la morue sèche / pêche de la morue verte).

Au XVIe siècle et ensuite, les morutiers devaient disposer d'un armement en cas de mauvaises rencontres : l'article 60 de l'ordonnance de mars 1584 le rend même obligatoire en détaillant la quantité et la nature des armes selon trois plages de tonnage [1].

Le sel

Le sel était un des principaux objets de dépense dans les comptes d'armement. Le traité général des pêches indique que, conçu pour la pêche de la morue verte, un bâtiment de 100 tonneaux devait être chargé de 50 tonneaux de sel, et à peu près 125 tonneaux pour un navire de 200 tx armé pour la pêche à la morue sèche. On estimait à deux tonneaux et demi le volume indispensable à la conservation d'un millier de morues ; à peu près un tonneau de sel non fondu - nommé sel de retour ou de rapport - subsistait à la fin du déchargement (Ce sel était reconnu comme immonde, comme le sel inutilisé était bradé au tiers de celle du sel neuf ; il devait être jeté à l'eau, et les commis de la gabelle s'affairaient et se relayaient pour que les morues en soient complètement débarrassées. ) [2]

Le Règlement sur le fait des Gabelles du 14 mai 1680 autorise les Normands et les Picards à s'approvisionner à Brouage au prix du marchand, c'est-à-dire sans taxe[3].

À partir du XVIe siècle, Cadix en Espagne ; Sétubal et Aveiro au Portugal pouvaient apporter du sel aux armements français [4]. Mais concurrençant le sel français, cette pratique était interdite, en dehors de privilèges, surtout celui de Dunkerque, et de quelques permissions au XVIIe (1714 à cause de pluies, 1768, 1770, 1775-1779) accordées à cause de l'élévation du prix du sel français. Comme bien d'autres denrées, le prix du sel français augmenta au cours du XVIIIe, le tonneau passa de 37 livres en 1716, à 50 livres vingt ans plus tard et 70 livres, soixante ans plus tard. [5]

Malgré le voyage indispensable, les sels portugais et espagnols étaient préférés au sel français, pas uniquement pour leur moindre prix. Les avis sur leurs qualités respectives étaient divers, contradictoires, peu étayés, et ne se clarifièrent jamais sous l'Ancien Régime. Les sels étrangers étaient reconnus comme plus blancs, plus salants, supportant mieux pour cette raison les avaries des traversées (La morue préparée avec ces sels a en effet la propriété quand elle a été mise à tremper et qu'elle ne peut être consommée de suite, d'être resséchée, la nôtre serait perdue selon le Mémoire sur la pêche de la morue du 14 ventôse an 3) [6]. Au contraire, le sel français, acceptable pour saler les harengs, était globalement d'aspect nettement moins favorable et passait fréquemment pour ne permettre que de saler les deux tiers d'une cargaison, en particulier s'il n'avait pas été laissé à vieillir quelques années, probablement pour la présence de davantage d'eau au sein des cristaux. Qui plus est , il existait à propos des différentes productions nationales, un identique éventail d'aspects et d'appréciations de qualité.

Au XVIIe siècle, les principaux sites étaient Brouage (lettres patentes de février 1722) et l'île de Ré ; les sels bretons, non soumis à la gabelle, étant susceptibles d'être détournés frauduleusement. Cependant un arrêt du Conseil de 1739, autorisa les navires de Granville, au sud de la Normandie, à s'approvisionner en Bretagne (Saint-Malo) s'ils étaient armés pour la pêche de la morue sèche, les trois semaines (déplacement, attente, chargement) que demandaient au minimum le recours aux sites de l'Aunis ou de Saintonge obérant leur campagne de pêche (surcoût, retard). (une autorisation analogue bénéficia aux pêcheurs d'Honfleur) [7] Les Normands pouvaient aussi faire venir en temps utile le sel indispensable à leur campagne : par exemple, en 1772, un bâtiment granvillais de 200 tonneaux est chargé de 117 (!) tonneaux de sel, amenés de l'île de Ré par un bateau de Saint-Briac, pour un montant d'environ sept milles livres.

Favorisés par la proximité des marais salants, les armateurs des Sables-d'Olonne pouvaient prévoir chaque année deux campagnes sur le Grand Banc. Chacune durait cinq mois du départ au retour, mais l'équipage de celle qui commençait en hiver, disposait de vivres plus abondantes (environ 30%) que celui de la plus tardive[8]


Les vivres

Charles de la Morandière cite à titre d'exemple d'avitaillement en vivres au XVIIe siècle, celui du du Chasseur, navire de 105 tonneaux armé en 1675 à Honfleur avec dix-neuf hommes d'équipage :

Cet inventaire ne comporte pas d'eau en dehors de celle de coupage du cidre ; cela doit tenir à l'absence de coût conséquent de la fourniture de l'eau.

Le traité général des pêches indique qu'un bâtiment de 90 tonneaux, monté par douze hommes, pour une campagne de neuf mois sur le Grand Banc, devait embarquer 3400 livres de biscuit, 34 barils de petit cidre, 600 livres de beurre, 600 livres de lard, 120 litres d'eau-de-vie. p. 73 Le vin remplace le cidre pour les bateaux de la côte atlantique. Le beurre était utilisé surtout pour agrémenter les nombreux plats de morue pêchée sur place[9]

À la pêche de la morue sèche, les vivres sont les mêmes, mais pour un équipage nettement plus important ; les hommes pourront trouver à s'alimenter à terre, surtout en cultivant un petit jardin. Un morutier de Bayonne de 220 tonneaux embarque en 1770 avec 60 hommes : 230 quintaux de biscuits ; 60 barriques de cidre ; 40 barriques d'eau ; 12 barriques de vin ; 10 tierçons d'eau-de-vie ; 10 barriques de fèves ; 10 quintaux de morue ; 8 d'huile ; 6 barriques de sardines [10].

Un arrêt du Conseil d'État du 13 octobre 1765 prend en considération les besoins spécifiques en boisson des pêcheurs comparé aux matelots des vaisseaux du roi et confirme l'exemption de 1756 des taxes des traites et des fermes à raison de deux pintes de vin (mesure de Paris) et de trois de cidre ou poiré par personne, mousses compris et ration doublée pour les maîtres[11].

Vu l'importance de l'équipage, les navires pêchant la morue sèche devaient embarquer un chirurgien et un assortiment de médicaments ; ceux à la morue verte n'emportait qu'une boîte de médicaments [12].

Les ustensiles de pêche

Sources
  • Charles de la Morandière, Histoire de la pêche française de la morue dans l'Amérique septentrionale, G. F. Maisonneuve et Larose, 1957, trois tomes.

Notes et références

  1. Charles de la Morandière p. 91.
  2. Charles de la Morandière p. 67-68.
  3. Charles de la Morandière p. 59.
  4. Charles de la Morandière donne l'exemple de La Marie, 60 tonneaux, partant de Rouen le 23 janvier 1537 pour le Portugal, p. 60.
  5. Charles de la Morandière p. 64.
  6. Charles de la Morandière p. 63.
  7. Charles de la Morandière p. 66.
  8. Charles de la Morandière p. 66. et 72.
  9. Charles de la Morandière p. 76.
  10. Charles de la Morandière p. 78.
  11. Charles de la Morandière p. 81.
  12. Charles de la Morandière p. 83.
  13. «Les pêcheurs de morun verte utilisaient des hameçons plus gros que les pêcheurs de morue sèche.», Charles de la Morandière p. 86.
  14. Fer travaillé à froid chez les Normands ; forgés par les Olonnais, Charles de la Morandière p. 86.
  15. Charles de la Morandière p. 90.
  16. Charles de la Morandière p. 89.

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