Nivrée

Le mot Nivrée sert à désigner à la fois la totalité des plantes ichtyotoxiques, et la technique respectant les traditions de pêche qui utilise une ou plusieurs de ces plantes.



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  • Les pêcheurs locaux n'exploitent que les grands poissons, principalement..... La pêche a la nivrée est pratiquée dans l'ensemble des pays intertropicaux... (source : books.google)
  • La nivrée est une pêche respectant les traditions qui demande d'écraser les racines d'un... la rivière blanchit brusquement et l'ensemble des poissons viennent flotter à la... (source : waiapi-wayapi-teko)

Le mot Nivrée sert à désigner à la fois la totalité des plantes ichtyotoxiques (toxiques pour les poissons), et la technique respectant les traditions de pêche qui utilise une ou plusieurs de ces plantes. Le mot vient certainement du mot "enivré".

Histoire

Les récits de voyages en Guyane citent la nivrée dès le XVIIe siècle, en décrivant l'utilisation de «bois à enyvrer»

La technique est décrite par les portugais en 1560 sous le nom de «tupi de timbò».

Méthode amérindienne respectant les traditions de pêche à la nivrée

La nivrée consiste à empoisonner toute l'eau d'une section de rivière, à courant lent, en y battant une liane ("hali hali") pour en libérer de la roténone, toxique pour les poissons mais non pour l'homme. La nivrée ne se pratique qu'en saison sèche lorsqu'il y a moins d'eau et après un saut sur une zone où le courant est lent. Ainsi, le poison se dilue moins et a le temps d'agir, et il est plus facile de récolter le poisson asphyxié.

Les indiens Wayana utilisent essentiellement des lianes du genre Lonchocarpus dont la sève contient un principe actif, la roténone qui est ichtyotoxique.

La liane la plus utilisée, appelée hali-hali en Guyane ne semble pousser que dans la forêt primaire humide du plateau des Guyane, à proximité des cours d'eau. Quand on la coupe ou l'écrase, une sève blanchâtre particulièrement odorante s'en écoule.

Un chef d'expédition et quelques hommes partent en forêt récolter les lianes dans un lieu tenu secret.

Ces lianes sont ramenées sur le lieu de pêche et écrasées et défibrées à coup de gourdins. Sur l'amont du lieu de pêche choisi, les fibres ainsi obtenues sont positionnées dans des katuris (sacs de palmes tressés pour la circonstance). Les katuris sont immergés à plusieurs reprises à un mètre de profondeur à peu près. Les lianes peuvent directement être immergées et piétinées sous l'eau qui devient alors blanche.

Le courant diffuse le poison et après quelques minutes à dix minutes à peu près (selon la dose), les premiers poissons asphyxiés remontent à la surface. L'action de la roténone libérée par les lianes pilées persiste plusieurs heures, après quoi elle est diluée par le courant et dégradée par la température et la lumière.

Les poissons de taille suffisante et culinairement intéressante remontent à la surface puis, asphyxiés, meurent et tombent au fond ou sont emportés par le courant. Ceux qui flottent ou sont visibles entre deux eaux sont récupérés plus en aval à partir d'une pirogue ou dans la rivière, à la main ou au harpon. Les enfants plongent quelquefois sous l'eau pour repérer les poissons tombés au fond.

Cérémonie de la nivrée

Une fois l'ensemble des 10 ans, une grande nivrée réunissait rituellement (et réunit toujours) les familles de l'ethnie wayana. C'est un évènement particulièrement important pour la cohésion de la communauté.

C'est l'occasion d'une expédition de plusieurs jours qui réunit jusqu'à une centaine de personnes. Elle est préparé plusieurs jours à l'avance et le fumage, le séchage ou le salage du poisson prolonge l'opération.

Les hommes récoltent et battent jusqu'à 850kg de lianes durant plus de 3 heures, avant d'en diluer le principe actif dans le rapide, ce qui permettra de récolter jusqu'à une tonne de poisson.

Impact environnemental

Si la nivrée est pratiquée trop souvent, ou sur trop de sites, elle peut rapidement perturber puis épuiser le milieu, comme en d'autres lieux l'ont fait les techniques intensives de pêche au filet, à l'explosif, au cyanure ou avec d'autres produits chimiques.

Les amérindiens de ces régions pratiquent la nivrée sur des territoires immenses où ils vivent peu nombreux, mais fréquemment à des lieux stratégiquement positionnés. Or, si les écodispositifs guyanais sont extrême richesse en biodiversité, les sols sont fréquemment d'une grande pauvreté et les écodispositifs d'une faible productivité. en 2000, on connaissait 480 espèces de poissons en Guyane, dont 250 dans le fleuve Maroni et 110 espèces répertoriées sur le seuls petit secteur de 1 km du Tempok où l'étude a été faite, et l'ensemble des espèces ne sont pas toujours décrites (rappel : la France métropolitaine en compte 84 espèces). Néanmoins en zone tropicale, si le nombre d'espèce est élevée, la biomasse par hectare est quelquefois modeste. Il convient par conséquent de ne pas la surexploiter.

On connaissait les quantités de poissons pêchées, mais non celles qui étaient perdues, ni l'impact sur l'environnement.

Une étude récente a pu exploiter les données récoltées de l'expédition française Nivrée 2000 qui s'est déroulée sur le Haut-Maroni durant six semaines (octobre-novembre 2000) avec les indiens Wayana de la région d'Antécume-Pata. Des éco-anthropologues et des écologues spécialistes dont 12 chercheurs de l'IRD, du CNRS, de l'INRA, du Muséum national d'histoire naturelle de Paris, du Muséum d'Histoire Naturelle de Genève et de l'ENSAT de Toulouse ont étudié l'impact de sept pêches à la nivrée, dont une grande nivrée villageoise.

Ils sont aussi récupéré et étudié un échantillonnage de la faune des poissons locaux.

Selon les premières analyses, les invertébrés sont peu touchés, sauf les crustacés (crabes, écrevisses.. ), mais la roténone toucherait à peu près 90 % de l'environnement local, les poissons en particulier. C'est par conséquent une pêche qu'il ne faut pas pratiquer trop fréquemment, ce dont les indiens sont conscients. Cette étude s'est aussi intéressé à la composition et au volume de la part non récupérée par les pêcheurs. Elle a aussi évalué la courbe de croissance des poissons pour estimer le temps indispensable pour la reconstitution du stock des poissons suite à une telle pêche. Ces chiffres permettent d'établir quelques règles de précaution pour la gestion de ce mode de pêche.

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