Pinasse du bassin d'Arcachon

La pinasse est une embarcation typique du bassin d'Arcachon et du littoral gascon : longue, étroite, à l'avant particulièrement relevé, elle est habituellement en bois de pin des Landes ainsi qu'à fond plat.



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La pinasse est une embarcation typique du bassin d'Arcachon et du littoral gascon : longue, étroite, à l'avant particulièrement relevé, elle est habituellement en bois de pin des Landes ainsi qu'à fond plat. Avec l'évolution des techniques et des usages, ses flancs se sont élargis pour accueillir un moteur, et les matériaux composites remplacent quelquefois le pin. Marchant à la voile ou au moteur, elle a retrouvé actuellement une grande popularité. Les pinasses ne sont plus utilisées actuellement pour la pêche ou l'ostréiculture, mais pour la promenade, la plaisance et les régates.

Pinasse sur le port de la Teste-de-Buch

Étymologie

Elle est assez controversée. Ce mot roman gascon pinaça, espagnol pinaza, italien pinaccia, anglais pinnace est le plus souvent analysé par un dérivé latin *pinacea pouvant signifier «en planche de pin». On ne le confondra pas avec le catalan pinassa «grand pin» applicable au pin noir pinus negra.

On le comparera aussi aux mots pinche ou pinque (bateau à fond plat), du hollandais pinck.

Thillole ou tillole, apparenté à tilla (bateau galicien), tille (breton) viendrait du scandinave tilja (planche).

Origines

Bien que l'usage des pinasses sur le Bassin d'Arcachon soit particulièrement ancien, il n'existe pas de document rédigé mentionnant formellement ces embarcations avant une allusion dans des documents de 1553 et 1556. Il s'agit des minutiers d'un notaire de La Teste de Buch, Arnaud de Laville, faisant allusion à des transactions de pinasses.

En 1604, il est rédigé dans le texte des transactions entre le Captal de Buch Jean-Louis d'Epernon et les usagers de la Forêt Usagère : «... il a été arrêté qu'étant sur la mer, leurs avirons, mâts, venant à se rompre, ils pourront prendre sans avoir permission du bois pour faire avirons, mâts, ganchots et tostets de pinasses et bateaux (... ) Bien pourront les dits affêvats vendre leurs pinasses [... ] sans en abuser [... ] ni autrement couper ni dégrader le dit bois».

En 1708, Claude Masse évoque dans le mémoire qui accompagne sa carte du Bassin d'Arcachon des petits bateau «que les habitants nomment pinasses, qui ont 15 à 16 pieds de long sur 4 à 5 de large»

La pinasse vue par Le Masson du Parc en 1727. On peut distinguer le bordée à clin enveloppant l'étrave et l'étambot

Il fallu attendre 1727 pour voir arriver en Pays de Buch François Le Masson du Parc, venant de l'amirauté de Bayonne, commissaire ordinaire de la Marine, Inspecteur Général des Pêches du poisson de mer. Il s'intéresse aux différentes pêches qui se pratiquent sur le littoral et il observe, note et décrit les techniques de l'époque. Il fait la connaissance de des pinasses sur le littoral des Landes de Gascogne à Saint-Girons, Mimizan et sur le Bassin d'Arcachon. Il débute sont paragraphe de description des pinasses de la sorte : «les pinasses qui servent à faire la pesche dans la baye d'Arcasson sont faite de la forme d'une navette avec les bouts légèrement relevés, une pinasse a vingt à vingt deux pieds de longueur de l'estrave à l'étambot» Il précise que certaines pinasses possèdent un mât et une voile. Le Masson du Parc recense et décrit les différents usages de la pinasse qui sont au nombre de 13 :

  • pêche au filet dans les chenaux (5 types)  ;
  • pêche à la sardine ;
  • pêche à la drague des huîtres dans les chenaux ;
  • pêche à la seine dans le Bassin et sur la côte ;
  • pêche au palet et au palicot ;
  • pêche à la foëne ;
  • pêche des oiseaux marins ;
  • pêche des crevettes ;
  • ramassage des huîtres et autres coquillages.

Deux types de pinasses sont décrites : une petite de 6, 50 mètres montée par deux hommes et une grande qui plus est de 7 mètres montée par 6 hommes, à l'aviron et sous voile, comportant deux bordés qui plus est . Il dénombre au total 204 pinasses. Quoique l'administration interdise aux pinasses de sortir du Bassin d'Arcachon, les grandes pinasses font concurrences aux chaloupes de pêche et sortent en pleine mer pour pêcher.

Une pinasse à voile

Le recensement exact des embarcations sera envisageable à partir du début du XIXe siècle, grâce à la mise en place des Arrondissements et des quartiers maritimes, et l'enregistrement systématique des pinasses sur le Registre des Matricules des Bâtiments du Quartier. Ainsi le Quartier de l'Inscription Maritime de La Teste de Buch couvre un territoire allant de Lacanau à Mimizan.

De la voile à la vapeur

Il fallut attendre la seconde moitié du XIXe siècle pour avoir de véritables descriptions de pinasses et des plans détaillés, avec Baudens en 1866 puis Georges Sahuqué en 1881 qui consacrera un article dans la revue le Yacht. Les pinasses de cet époque possèdent désormais un gouvernail, ainsi qu'un mât mobile et inclinable longitudinalement et latéralement. Les bordages sont toujours assemblés à clin. C'est exactement à cette époque que les pinasses respectant les traditions vont évoluer. Jusque là elles n'étaient que les outils des premiers pêcheurs du bassin, mais désormais les usages vont se multiplier. En 1841 le chemin de fer arrive à La Teste, et avec lui les premiers touristes qui s'offriront des promenades payantes en pinasse... c'est l'arrivée du tourisme sur le Bassin d'Arcachon. Dans les années 1860, les premiers ostréiculteurs modernes utilisent eux aussi la pinasse. M. Boubès, ancien administrateur du Quartier Maritime d'Arcachon établit en 1909 une classification des pinasses selon leur longueur. Ces appellations sont toujours d'usage localement :

Une pinasse à voile au pied d'une cabane tchanquée
Classification des pinasses par Boubès en 1909
Nom Longueur
Pinassotte L<7,5m
Pinasse ordinaire 7, 5m
Bâtarde 8m
Pinasse de côte L>9m

Mais c'est en particulier la motorisation intervenant au début du XXe siècle qui forme le plus grand bouleversement dans la structure des pinasses. On est passé en quelques décennies d'une embarcation rustique sans clous, ni gouvernail, ni quille, construite à clin, chevillée de bois et propulsée par le vent ou à rames, à une embarcation motorisée avec quille, quilles d'angles, safran articulé ou non, élargie, ayant un bordage à feuillure et des râblure à l'étrave et l'étambot.

Pinasses sur le port de Gujan

La motorisation intervient massivement après les années 1905 et 1906, en premier lieu pour les résidents les plus fortunés puis jusqu'en 1913 pour la presque totalité des pinasses de pêche d'Arcachon. Ce sont Albert Couach et Auguste Bert qui ont mis au point en 1902 la première pinasse à moteur : Libellule, mise à l'eau en 1903. Fonctionnant alors au pétrole lampant, on emploiera le nom de pétroleuses pour ces pinasses dont la taille et la robustesse tendent à grandir de plus en plus pour accueillir les quelques 250 kgdes premiers moteurs à combustion interne. Elles atteindront une douzaine de mètres pour certaines, embarqueront de huit à douze hommes mais aussi trois à cinq doris pour la pêche à la sardine et seront partiellement pontées. Le succès des pinasses à moteur surtout pour la pêche à la sardine ne se fait pas attendre. En effet on compte 76 pinasses à moteur construites dans l'unique année 1908. Les chantiers navals d'Arcachon, La Teste de Buch et Gujan-Mestras tournent à plein régime. La revue L'avenir d'Arcachon cite les principaux chantiers en 1908 : Barrière, Bert, Bonnin Freres, Bossuet, Boyé, Daney, Daycard, Dubourdieu, Fourton, Labouyrie, Mendozat, Monguillet, Mouliets, Pradère, les ateliers des Pêcheries de l'Océan, des Pêcheries de Gascogne, ... La pétroleuse à hélice relevable devient pour des décennies l'outil de préférence des ostréiculteurs du Pays de Buch. L'administration, et surtout la Marine Nationale, les Douanes et les Ponts et Chaussées s'intéressent aussi aux pinasses et en commandent régulièrement à divers chantiers navals.

La pinasse, un outil de travail

Jusqu'à la fin du XXe siècle, la pinasse a conservé sont utilité pour les professionnels de la mer.

  • Les ostréiculteurs ont utilisé essentiellement les pinasses à moteur jusque dans les années 1960 où elles ont été supplantées par les bacs en bois ou en aluminium.
  • Les pinasses sardinières parcouraient la côte du Pays Basque aux Pertuis jusque dans les années 1930, où elles ont été remplacées par des gros canots à moteur pratiquant aussi la pêche au thon au large et le chalutage côtier... la sardine à elle seule n'étant plus rentable
La pêche au flambeau (Jean-Paul Alaux, 1909)
  • La pêche à la senne (traïna) déjà décrite par Le Masson du Parc en 1727 subsiste jusqu'à la fin des années 1970. Cette technique se pratique en bord de mer. Il s'agit de prendre un banc de poisson au piège en joignant les deux extrémités d'un filet sur la plage. Les pinasses côtières disposaient une senne pouvant faire jusqu'à 280m de longueur, qui une fois disposée en arc de cercle à proximité de la côte était tirée depuis la terre prenant au piège les poissons.
  • La pêche au palet, pratiquée par les Paliqueys, subsiste à peine aujourd'hui, où elle n'est plus pratiquée que par une seule famille. Cette pratique est une des plus ancienne du bassin, qui consiste à arrêter les poissons qui ont suivi le cours de la marée montante, quand ils suivent la marée descendante pour regagner l'océan. On utilise des filets tendus sur des piquets de pin (les paous) plantés dans le sédiment. Les filets forment une enceinte où plusieurs pièges (les biscardes) retiennent le poisson. Le filet est posé à marée basse sur le sol, et levé une fois la marée haute.
  • Les pétroleuses tiraient des dragues à coquille et des petits chaluts, avant que cette pratique ne soit interdite à la fin du XXe siècle.
  • La pêche à la jagude (au filet fixe ou dérivant) est toujours pratiquée aujourd'hui, mais les plates à moteur ont remplacées les pinassottes.
  • La pêche au flambeau (pêche au feu) était pratiquée lors des nuits obscures des périodes de nouvelle lune ou par temps couvert, mais en particulier sans vent. Le halhas (sorte de gril) est fixé sur la poupe de la pinasse. Les pêcheurs allument le feu grâce à des pignes et des galips avant de l'alimenter avec du bois de pin résiné (riche en résine et particulièrement dense). L'homme aux avirons progresse doucement, alors que le pêcheur guette à proximité de l'embarcation. Il transperce le poisson grâce à une foëne. Le brasier sera remplacé par des brûleurs après la première guerre mondiale, puis par des lampes branchées sur batteries. La pêche au flambeau est actuellement interdite.

Pinasses de promenades et de plaisance

Avec l'arrivée du chemin de fer en 1841, les premiers touristes se sont déversés sur les côtes du Pays de Buch. La promenade payante en pinasse devient une véritable activité pour les marins. Les touristes sont promenés de La Teste de Buch vers Arcachon, puis le long des plages et vers les parcs à huîtres. La concurrence des «bateliers» s'est fait sentir à partir des années 1950 et les bateaux de promenades sont fréquemment des embarcations modernes. Actuellement certaines pinasses sont disponibles en location à la journée ou la demi-journée.

Les petites pinasses vont devenir des embarcations de plaisance au cours du XXe siècle. Ces pinasses sont équipés de tout le confort moderne et représentent la majorité des pinasses que nous rencontrons aujourd'hui sur les ports du Bassin d'Arcachon. Fréquemment en matériaux composites, les pinasses modernes sont de moins en moins construites en bois de pin, mais elles conservent néanmoins leur silhouette caractéristique.

Arbre généalogique de la pinasse

Arbre généalogique de la pinasse

Régates de pinasses à voile

Comme sur l'ensemble des côtes françaises, les marins-pêcheurs se livrent à des régates le plus fréquemment le jour de la fête locale. Les régates de pinasses à voile entre ostréiculteurs et marins-pêcheurs durèrent jusqu'en 1962 car le nombre de participants n'était plus suffisant. Seul 5 ou 6 pinasses participaient.

À partir de 1982, des locaux remettent en état des pinasses abandonnées (La Belle, Goudurix, l'Afrique, la Clé des cœurs). Puis en 1985, une pinasse neuve est construite par le chantier RABA. Cette même année, l'amicale des pinasseyre est née et se propose de rassembler l'ensemble des pinasses existantes et d'en construire de nouvelles. En 1986, Arcachon commande quatre nouvelles pinasses qui auront le nom des quatre paroisses de la localité. La flotte est actuellement constitué de 32 bateaux dont 22 participent aux compétitions.

Chaque année, les régates d'été de pinasses à voile sont organisées dans les différents villages du bassin d'Arcachon.

La navigation des pinasses est une navigation sportive. En effet, l'ensemble des manœuvres se font à la main sans poulie ni palan ainsi qu'à chaque virement de bord, la voile est affalée, passée sur l'autre armure et renvoyée, le mât levé et incliné au vent.

Le mât n'est pas haubané et ne tient qu'en deux points : par la drisse de la voile et par son emplanture.

Galerie

Sources

  • La Pinasse, Mémoire du Bassin - des bateaux et des hommes, Association de préfiguration pour un écomusée Littoral et Maritime du Pays de Buch, 2005
  • François et Françoise Cottin, Le bassin d'Arcachon, au temps des pinasses, de l'huître et de la résine, L'Horizon chimérique, Bordeaux, 2000

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La version présentée ici à été extraite depuis cette source le 16/03/2009.
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