Politique commune de la pêche

La politique commune de la pêche est une politique de l'Union européenne née en 1983 d'une adaptation de la politique agricole commune au secteur halieutique : elle concerne 20 des 25 États membres de l'Union.



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Politique de l'Union européenne - Pêche

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La politique commune de la pêche (PCP) est une politique de l'Union européenne née en 1983 d'une adaptation de la politique agricole commune au secteur halieutique : elle concerne 20 des 25 États membres de l'Union (les 5 restant étant enclavés).

Cette politique a connu de nombreux changements de fond depuis la fin du XXe siècle pour pouvoir s'adapter à l'arrivée de pays membres et en particulier, depuis les années 2000, pour combler les effets néfastes générés dans ses premières années d'existence.

L'importance de la pêche

La plupart des États membres des Communautés européennes puis de l'Union ont une industrie et des traditions en rapport avec la mer : si comme activité économique elle ne contribue qu'à moins de 1% du Produit national brut de l'Union, elle emploie tout de même près de 400 000 pêcheurs et aquaculteurs, un nombre important d'emplois se trouvant qui plus est d'autre part dans les activités en aval de l'industrie agroalimentaire. De fait, si aucune région de l'UE ne voit plus de 10% de ses actifs travailler dans le secteur, ces zones présentent fréquemment bien peu d'autres opportunités économiques : la PCP est aussi vue comme un moyen de promouvoir le développement local.

Le marché du poisson a largement évolué ces dernières années, la part du poisson frais diminuant au profit des produits transformés, et les supermarchés et autres grossistes s'imposant comme les intermédiaires principaux entre producteurs et consommateurs. Près de 60% du poisson consommé dans l'Union est importé, et si l'écart entre offre et demande fluctue selon les années, le déficit moyen de l'Union pour les produits fins peut être estimé à 3 milliards d'euros par an.

Répartition des dépenses de fonctionnement de la PCP en 2004
Source :Commission européenne

L'objectif d'origine de la PCP était de donner l'avantage au consommateur, c'est-à-dire en lui servant à s'approvisionner à bas prix. La protection face à la concurrence mondiale étant faible, et les pêcheurs furent encouragés à augmenter leurs rendements en se modernisant : cela s'est traduit par un augmentation de la surpêche : la majorité des stocks sont actuellement gravement atteints. Sous la pression des États membres (fréquemment menés par la France, et plus fréquemment toujours soumis aux pressions de leurs propres marins-pêcheurs), la politique commune s'est par conséquent pendant longtemps réduite à une absence de politique commune, outre pour l'égalité d'accès des pêcheurs européens aux zones de pêche.

C'est surtout la question de la gestion (et du partage) de leurs ressources halieutiques qui a poussé les habitants du Grœnland à voter, lors du référendum du 23 février 1982, leur sortie de la Communauté européenne. Le projet de Constitution place la politique commune de la pêche dans le domaines compétence exclusive de l'Union, mettant de fait la gestion des stocks hors de portée des gouvernements nationaux, le poisson étant reconnu comme une ressource commune. La majeure partie des décisions continuerait cependant d'être prises au niveau du Conseil des ministres de l'Union européenne.

L'Union européenne est en 2006 le plus grand marché mondial des produits de la pêche et la troisième puissance mondiale du secteur (environ 6 millions de tonnes de captures par an). Elle compte près de 260 000 pêcheurs, et sa flotte approche les 97 000 navires. Pour l'exercice 2000-2006, le budget de la PCP représente 0, 84% des ressources de l'Union, soit à peu près 900 millions d'euros par an.

Historique

L'intervention de l'Union dans le secteur de la pêche s'appuie sur les articles 32 à 39 du traité de Rome, définissant les modalités d'organisation de la politique agricole commune et qui englobe explicitement la pêche. Il a cependant fallu vingt-six ans (1983) pour voir la politique commune de la pêche devenir une politique européenne commune à part entière.

1957 à 1982

Les premiers règlements sur la pêche datent de 1970 et portaient sur trois matières : le droit d'opérer dans les eaux d'un autre État membre, l'organisation commune des marchés (mise en place d'un tarif extérieur commun et de normes communes pour la commercialisation), et l'accès aux aides financières accordées par la Communauté pour la modernisation du secteur.

L'adhésion du Danemark, de l'Irlande et du Royaume-Uni en janvier 1973, pays à forte activité halieutique, modifia profondément l'économie de ces règlements : les captures des trois nouveaux États membres représentaient plus du double de celles des six fondateurs. Elle eut pour principale conséquence conduire à la suspension pour dix ans de la liberté d'accès aux eaux côtières d'un autre État membre et la réservation de bandes côtières (moins de 12 milles marins) aux pêcheurs locaux. Le grand principe de la liberté de circulation sans discrimination fut par conséquent écarté pour un temps pour mieux protéger les intérêts économiques et sociaux des populations côtières.

1983-1986 : Europe bleue et nouvelles adhésions

Ce n'est qu'en 1983 qu'apparaît le règlement européen 170/83 qui établit le concept de stabilité relative des stocks et prévoit des mesures conservatoires de gestion basées sur les totaux acceptables de captures (TAC) et des quotas de pêche[1]. Voyant cela comme un empiètement sur leur souveraineté, les États membres étaient peu enclin au partage de compétences avec l'Union - les négociations furent par conséquent spécifiquement longues.

La principale caractéristique de cette nouvelle approche était l'instauration de mesures d'harmonisation sous la forme de programmes d'orientation pluriannuels pour la restructuration de la flotte de pêche. Suivant qui plus est le mouvement mondial, les États membres furent autorisés à porter leurs zones de pêche à 200 milles marins.

L'adhésion de l'Espagne et du Portugal en 1986 a presque doublé le nombre de pêcheurs des Communautés (l'Espagne comptant à elle seule près de 100 000 pêcheurs), augmenté de 75 % leur capacité de pêche, de 65 % le tonnage de leur flotte, et de 45 % la production et consommation de poissons : pour absorber le choc relatif de ces nouvelles adhésions, des mesures transitoires de 10 ans (venant à échéance le 31 décembre 1995) furent instaurées.

La révision de 1992

Le règlement de 1983 prévoyait un réexamen de la PCP pour 1992. Le règlement 3760/92 du 20 décembre de cette année le remplaça et , comme le précédent était prévu pour une durée de dix ans. Ce nouveau texte, tout en conservant les grands axes de la politique menée jusqu'alors, marqua le début de la réorientation de la politique européenne vers une meilleure correction entre sa flotte et la gestion des stocks : les mesures préconisées portaient sur la réduction de la flotte communautaire, accompagnées de mesures structurelles pour en atténuer les conséquences sociales; l'accès aux ressources était d'autre part réglementé par l'introduction progressive de nouvelles licences pour les pêcheurs en vue de diminuer la surcapacité.

La réorientation de 2002

Prenant progressivement conscience de la destruction des ressources halieutiques et de la diminution des stocks, le Conseil des ministres à décidé en 1998 d'interdire l'utilisation des filets maillants, trop peu sélectifs, dans l'Atlantique. En 2003, et après la première publication d'un livre vert spécifiquement sévère sur le sujet en mars 2001, de nouvelles mesures de protection sont entrées en vigueur. Parmi les mesures prises pour compenser les points faibles relevés (surpêche, processus décisionnel lent, manque de contrôles, rentabilité et emploi en baisse, baisse des stocks dans les pays tiers ayant des accords avec l'UE[2], on relèvera :

En parallèle, la Commission a durci son attitude vis-à-vis des États qui n'appliqueraient pas les règles communes, suivie en cela par la Cour de justice des Communautés européennes, qui dans son arrêt Merluchon a fixé une amende et une astreinte records à la France pour son manquement répété aux règles communautaires.

Origine géographique des prises effectuées par des navires de l'Union (2001)
Source :Eurostat

Fonctionnement

La PCP se compose de quatre volets :

Prises totales disponibles

La PCP fixe les volumes (quotas) de prises disponibles pour chaque espèce et secteur de pêche et qui seront alloués aux États membres : les prises totales disponibles sont fixées chaque année au Conseil des ministres de l'Union, sur la base des recommandations de la Commission (elle même sur recommandation de son propre comité d'experts), des remarques des pays tiers non-membres, mais aussi de celles du Conseil Mondial pour l'Exploration de la Mer. La répartition des quotas a l'intérieur des États membres est du seul ressort de ces derniers.

Contrôles

Chaque navire se voit attribuer un quota précis de pêche, les prises devant être enregistrées. La PCP réglemente le type de matériels utilisables, et ferme dans certains cas l'accès à certaines zones pour permettre aux populations de se renouveler. Les poissons trop petits pour être vendus étaient jusque là rejetés à l'eau, morts : la réglementation européenne a changé cet état de fait en modifiant la taille du maillage, donnant la possibilité ainsi aux jeunes d'échapper à la capture (différents poissons ayant différentes tailles, il en résulte que les filets doivent être changés selon le poisson visé).

Politique structurelle

Dès 1977, des fonds ont été alloués pour la modernisation et la diversification des activités de transformation à terre, mesure de soutien assurant ainsi de nouveaux débouchés aux pêcheurs et donnant la possibilité l'éventuelle reconversion des conserveries vers d'autres métiers. Parallèlement, des campagnes publicitaires pour encourager la consommation de poissons qui ne sont pas en situation de surpêche sont financées.

Chaque pays se voit aussi attribuer un objectif pour la taille de sa flotte : les fonds autorisent la fois de moderniser bateaux et installations, mais également de racheter ceux-ci pour diminuer le nombre de navire en activité.

Intervention sur les marchés

Il existe plus de 160 organisations de producteurs à travers l'Union, comprenant pêcheurs ou aquaculteurs et les aidant à vendre leurs produits : elles peuvent aussi faire baisser les volumes offerts en cas de chute des cours, et reçoivent et redistribuent les compensations correspondantes, avec un dispositif diminuant le volume des compensations si le volume de poisson mis sur le marché continue d'augmenter. Les stocks constitués peuvent être réintroduits à la vente légèrement plus tard, ou transformés en farines animales. Dans le cas du thon, les surplus ne sont pas racquiss, mais les pêcheurs sont directement compensés pour leur perte de revenus.

Relations mondiales

Pays et territoires ayant un accord de pêche avec l'Union : Grœnland, Iles Féroé, Norvège, Islande, Mauritanie, Sénégal, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Côte d'Ivoire, Guinée équatoriale, Gabon, Angola, Mozambique, Comores, Madagascar, Seychelles, Fidji.
Source :Eurostat

D'importantes zones de pêche furent perdues en dehors de l'Union lors de l'extension des limites mondiales en 1976. Les Communautés puis l'Union ont depuis régulièrement négocié des accords d'exploitation avec les pays propriétaire des eaux convoitée. Ces accords peuvent se traduire par le paiement de licences ou l'octroi de facilités pour accéder au marché européen et se traduisent quelquefois sur place (en particulier en Afrique) par une mise en concurrence directe avec les pêcheurs locaux.

Jusqu'à 2006, les Communautés mais aussi les États riverains étaient membres de la Commission mondiale de la pêche en mer Baltique. Celle étant depuis l'élargissement de 2004 principalement un "lac européen", la Commission a cessé d'exister au début de l'année 2006, les questions étant directement réglées entre l'Union et la Russie.

La pêche en Méditerranée est pour la majeure partie confinée à une bande de 12 nautiques dans les eaux territoriales, mais l'UE appartient à la Commission générale des pêches pour la Méditerranée (CGPM) ainsi qu'à la Commission mondiale pour la conservation du thon atlantique (qui fait aussi des recommandations pour le thon de Méditerranée). Certaines méthodes de pêches y furent bannies à partir de 1984, et des quotas de pêche au thon furent introduits dès 1997.

Notes et références
  1. de Poznanski, Ureña, Glossaire de la Politique commune de la pêche, Parlement européen, Bruxelles, 1999.
  2. Oudin, J., Proposition de résolution présentée au nom de la délégation pour l'Union européenne, en application de l'article 73 bis du Règlement, sur le Livre vert sur l'avenir de la politique commune de la pêche (n° E-1711) , Sénat français, 23 novembre 2001, [1] page vue le 17 janvier 2006

Liens externes

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